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ÉDITORIAL

Revue d'études druidiques de la Kredenn Geltiel Hollvedel


I A L O N

Clairière

KAD-NEMETON

APPRENDRE - COMPRENDRE - TRANSMETTRE


Éditorial du numéro 47 - par Cadurcos : SPÉCIAL GLOZEL

Dans le numéro 40 (Samonios 3 885) d’Ialon nous avions présenté un article de Boutios nommé Epigraphie et religion celtique – Glozel et le Dema gaulois.

Entre temps, nous avons appris, de la part de l’auteur, qu’il s’agissait seulement de la deuxième partie d’une trilogie, travail de recherche plus conséquent sur la célèbre énigme archéologique que constitue la découverte de tombes funéraires sur le site de Glozel à Ferrières-sur-Sichon (Allier), le 1er mars 1.924, par Émile Fradin, un jeune paysan (alors âgé de 17 ans) tandis qu’il défrichait un terrain en pente avec son grand-père. De nombreux objets issus des fouilles de ces tombes ont la particularité d’être inscrits de caractères formant une écriture jusqu’alors inédite.

Ialon,

revue ayant depuis ses débuts vocation à étudier en particulier la linguistique celtique, il nous a paru intéressant de regrouper les autres écrits non encore ici publiés de Boutios sous la forme d’un numéro Spécial Glozel, plutôt que de les livrer sous la forme d’épisodes sur plusieurs numéros. Ses écrits se présenteront ici sous la forme de deux articles Glozel – Ecritures gauloises, qui constitue en fait la première partie contenant les généralités sur cette écriture, en particulier les divers types d’objets gravés ; et Glozel et la religion gauloise, 3ème partie rédigée en 2 018, qui dévoile les spécificités de certains textes écrits en langue glozélienne relatifs à la religion gauloise.

Émile Fradin, l’inventeur et propriétaire du site décéda en février 2 010, dans sa 103ème année, non loin du hameau de Glozel qui l’avait vu naître le 08 août 1 906. J’avais eu la joie, en août 2 000, après la visite du site des découvertes, nommé ‘Champ des Morts’, et de la pièce unique formant le musée familial, qui regroupe une partie des 3 000 objets récoltés, d’apercevoir Émile. Alors âgé de 93 ans, il m’était apparu tel une icône vivante, sur le seuil du bâtiment agricole faisant face au musée, habillé en bleu de travail, immobile et absent, à la manière du personnage masculin annonçant le mauvais temps, de ce couple placé devant un petit chalet, sur les anciens baromètres de notre enfance. C’est alors que la dame qui refermait la porte du musée derrière moi, membre de la famille, m’indiqua qu’il ne parlait plus et ne communiquait même pas avec ses proches, las d’avoir combattu pendant plus de 70 ans, pour faire admettre la véracité de sa découverte. Cette dernière avait attiré l’attention d’un médecin passionné d’archéologie, Antonin Morlet, qui organisa en septembre 1 925 des fouilles dans le terrain de la famille Fradin. Celles-ci révélèrent divers objets qu’il crût, au début, appartenir au magdalénien, puis très rapidement au néolithique. A la suite la presse nationale s’empara de ce sujet et publia régulièrement des articles sur les dernières avancées des trouvailles, en particulier des grandes tablettes d’argiles, des morceaux d’os de cervidés et des pierres, tous gravés d’un alphabet jusqu’alors inconnu. La communauté scientifique visite et fouille le site, parmi lesquels les plus grands archéologues de l’époque (Louis Capitan, l’abbé Breuil, Salomon Reinach, etc…). Celle-ci globalement assez hostile à la découverte, se répartit rapidement en deux blocs opposés, qualifiés de glozéliens et d’anti-glozéliens. En février 1 927 une "Commission internationale" de scientifiques, après trois jours de fouilles émet un rapport négatif. Accusé de fraude par le Président de la Société Française d’Archéologie et par l’orientaliste René Dussaud, éminent épigraphe qui soutenait alors la thèse de l’origine sémitique de l’alphabet, Émile Fradin comparaît devant un tribunal et est condamné pour escroquerie le 4 juin 1 929. Finalement, il bénéficiera d’un non-lieu en juin 1 931, tandis que l’un de ses accusateurs,René Dussaud sera condamné pour diffamation. Si la victoire judiciaire semble assurée, de nombreuses expertises, se succéderont après-guerre, mais malgré l’usage de nouvelles méthodes scientifiques elles donneront des résultats contradictoires. La collection d’objets récoltée semble suspecte du fait de la grande disparité d’époques qu’elle représente et de son caractère unique du fait de la présence sur la plupart des objets de caractères de type alphabétique inédits, bien que se rapprochant du phénicien (1 000 av. notre ère) et de l’alphabet ibérique qui en est une évolution. En 1 972, les objets travaillés en bois de renne sont datés par des laboratoires étrangers de plus de 15 000 ans et les tablettes de la moitié du 1er millénaire av. notre ère. D’autres méthodes d’analyse, plus tardives, attribuent certains objets à la période médiévale.

Cependant il apparaît dès la médiatisation des objets glozéliens que ceux-ci ne constituent pas un isolat. Antonin Morlet publie dès 1 928, dans Les Cahiers de Glozel, n° 3, un article Puyravel et Chez-Guerrier, noms de lieux-dits très proches, ou furent trouvés une collection de galets gravés de caractères très ressemblants. Il cite également des découvertes antérieures, dont le nodule de schiste de Montcombroux, la hache de Sanssat (Allier) ou le talisman en schiste de Montmarault (Allier), tous inscrits de caractères mystérieux. Mais ce n’est pas tout, les signes de Glozel ressemblent aussi à ceux de l’alphabet d’Alvao au Portugal décrit par le professeur Mendès-Corréa. On pourrait citer de nombreux autres objets atypiques, trouvés en Europe, souvent dans des contextes isolés, couverts de symboles mystérieux assez semblables.

Si le docteur Morlet a publié de nombreux articles, ainsi qu’un Corpus des Inscriptions (1 969) contenant un syllabaire complet des caractères glozéliens, il faudra attendre les travaux du chercheur suisse Hans-Rudolf Hitz (1 932 - 2 013) à partir de 1 979, puis son livre : Les inscriptions de Glozel (1 988, 1 997 et 1 998), pour avoir un alphabet complet de cette langue locale de type proto-celtique, une traduction de ces inscriptions et une explication de leur rôle. Glozel aurait été, selon cet auteur et d’après une inscription nemu chlausei ("enclos sacré de Glozel"), un lieu d’inhumation et de pèlerinage de l’époque celtique. Les bois de renne (animal souvent représenté sur les gravures de Glozel), objets de haute valeur talismanique, auraient fait l’objet d’un important commerce, en provenance des cavernes préhistoriques des Pyrénées, avant d’être gravés à l’usage des pèlerins et croyants.

Boutios, reprenant les travaux d’Hans-Rudolf Hitz, nous livre ici les preuves de la concordance des inscriptions glozéliennes avec ce que l’on connait de la langue gauloise. Les formules dénotent des préoccupations métaphysiques et des concepts religieux typiquement gaulois. Ainsi on retrouve des théonymes attestés par ailleurs tels qu’Esus, Maguricx, Idunica, etc…

Bien que l’Etat

se soit désengagé de toute fouille, des analyses au magnétomètre, réalisées en 1 974, avaient révélé qu’il existait encore des objets enfouis. Le docteur Morlet et Émile Fradin avaient en effet pris la précaution de laisser quelques tombes intactes afin de permettre à des scientifiques dotés de meilleures techniques d’analyses de procéder dans le futur à des recherches plus approfondies. Il ne reste plus qu’à souhaiter, après presque un siècle de polémiques, que l’authenticité de ce site, si chère à son inventeur, puisse enfin un jour éclater aux yeux de tous et que les caractères glozéliens soient enfin acceptés par de futures générations d’universitaires.

Cadurcos


Images

Objet trouvé en fouilles

Émile FRADIN jeune

Fouilles ...

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